伝光録 Den kō roku [51: Eihei Dōgen 永平道元]
Compilation de la Transmission de la Lumière [nitescence].De Maître Keizan Jōkin 瑩山紹瑾
Extrait
Quelque temps plus tard, durant une période de zazen, Maître Nyojō entre dans le Zendo, et voyant que certains dormaient, les admonesta : « La pratique de zazen est "abandonner le corps et l’esprit" (Shinjindatsuraku). Il n’y a nul besoin de brûler de l’encens, de se prosterner, de réciter le nom de Bouddha, de se repentir ou de chanter les Soutras. Il vous suffit de vous asseoir en posture et vous pourrez réaliser l’abandon du corps et de l’esprit. »
Lorsque Maître Dōgen comprit totalement la Voie du Bouddha, il saisit que la pratique de la Voie, c’est abandonner le corps et l’esprit et se libérer des illusions. L’esprit va au-delà du discernement entre le vrai et le faux ou entre les douleurs et le bien-être. S’ils parviennent à saisir cet esprit, le corps et l’esprit, pas plus que le moi et les autres (le sujet et l’objet) ne sont impliqués. Puis Maître Nyojō a confirmé ceci en lui répondant : « Corps et esprit abandonnés, abandonner le corps et l’esprit. Les moines et les sages devraient pratiquer assidûment, afin de percevoir et de comprendre qu’il y a un corps, et qu’ils ne sont pas attachés au fait qu’il y ait la peau, la chair, les os et la moelle. Si nous comprenons profondément cette étape, jamais plus nous ne douterons des enseignements des Vénérables Prêtres dans le monde et des bouddhas du passé, du présent, du futur.
Ainsi, en 1225 (la première année Karoku du calendrier japonais et la première année Hokei en Chine), Maître Dōgen devint le 51 ème Patriarche de la lignée.
Mots - Phrases ClES
- Mots clés :
-
Dōgen, Dharma, Bouddha, Shakamuni, Nyojō, Chine, Zazen
- Phrases Clès
- : Pratiquer zazen, c'est abandonner le corps et l'esprit (Shinjindatsuraku).
Section
Liminaire
1 Le 51 ème Patriarche, [le prêtre] Eihei Maître Dōgen, pratiqua sous la direction de Maître Tendo Nyojō. Un jour, lors d’un enseignement qu’il prodiguait aux moines pendant le zazen du matin, Tendo Nyojō dit : « Pratiquer zazen, c’est abandonner le corps et l’esprit (Shinjindatsuraku). » Lorsque Maître Dōgen entendit cela, il eut la compréhension de son moi véritable. La séance de zazen terminée, il se rendit aussitôt dans les appartements de Maître Nyojō, afin d’y faire brûler de l’encens. Nyojō le voyant faire, demanda :
Pour quelle raison brûlez-vous de l’encens ?
- Shinjindatsuraku 1, répondit Maître Dōgen.
- Shinjindatsuraku, Datsurakushinjin 2, lui répondit Nyojō.
- Brûler cet encens n’est rien en comparaison de ce que peut représenter le fait d’avoir compris son moi véritable, je vous prie Maître, ne me donnez pas le Sceau de la Loi gracieusement.
- Je ne vous donne pas le Sceau de la Loi gracieusement.
- Que voulez-vous dire ?
- Que vous avez déjà abandonné le corps et l’esprit.
Maître Dōgen se prosterna devant son Maître et lui dit :
- Le vouloir abandonner a aussi été rejeté.
A ce moment-là, Kohei (Huang-Ping) de la province de Fuku, jisha 3 de Maître Nyojō dit : « C’est inhabituel qu’une telle distinction soit remise à un étranger. »
Alors Tendo Nyojō rétorqua : « Combien d’étudiants dans ce monastère pourraient prétendre la recevoir ? Vous, Maître Dōgen, n’êtes plus attaché à cette notion d’abandon, vous avez été libéré et avez pratiqué la compassion. Ainsi, votre moi a été vaincu. »
Circonstances
2 Maître Dōgen – Source de la Voie – est son nom de moine, et son nom de famille est Minamoto. Il est le descendant (la neuvième génération) de l’Empereur Murakami par la branche du fils Gochusho. A sa naissance – en 1200 – un astrologue l’examina et dit : « Cet enfant est béni, ses yeux profonds sont le signe d’un être prometteur. Dans un ouvrage ancien, il est écrit que lorsqu’un enfant béni naît, sa mère va certainement mourir. A ses sept ans, il y a de fortes chances que sa mère décède. » La mère de Maître Dōgen ne fût pas surprise ou effrayée par cette prédiction, au contraire, elle montra encore plus de compassion envers son enfant. Dans sa huitième année, comme il avait été prédit, la mère de Maître Dōgen mourut. Malgré l’année d’écart, tout le monde reconnu la prédiction du devin.
3 Pendant l’hiver de ses quatre ans, assis sur les genoux de sa grand-mère, Maître Dōgen lu l’ouvrage "Les Cents Poèmes" d’un écrivain chinois Li-chiao’s – et à l’automne de ses sept ans, il présenta à son père adoptif – son oncle, Michito, son père étant déjà décédé – un recueil de poèmes inspirés du même auteur, calligraphiés de sa propre main. Les plus grands confucianistes de l’époque unanimes disaient de lui qu’il n’était pas un enfant ordinaire, mais plutôt un prodige.
4 Il fut profondément affecté par la mort de sa mère survenue dans sa huitième année. Lors des funérailles au temple de Koyuji, quand Maître Dōgen vit la fumée de l’encens s’élever, il prît conscience du caractère impermanent du monde et se mit en quête de la Voie. Au printemps de ses neuf ans, il lut l’Abhidhara-kosha de Seshin Vasubandu et les vieux érudits dirent de lui qu’il était aussi brillant que Manjushri et possédait de réelles facultés pour étudier le Mahayana. Alors même qu’il n’était qu’un enfant, ces paroles l’imprégnèrent à un tel point qu’il étudia avec une grande détermination.
5 A cette époque, l’aristocrate Fujiwara Moroie, Régent de l’Empereur, était un modèle pour tous les ministres. Moroie fit de Maître Dōgen son héritier et lui transmit par la même occasion les secrets de la famille Fujiwara, ainsi que les hauts faits de la vie politique. A l’automne de ses treize ans, son père adoptif avait organisé des réjouissances pour marquer l’entrée de Maître Dōgen dans la vie adulte, afin de la cautionner pour une future carrière de haut fonctionnaire de la Cour. Mais en secret, Maître Dōgen quitta la résidence de Kobata-yama (au Mont Kobata) pour se rendre au pied du Mont Hiei (le principal temple bouddhiste Tendaï) où résidait le moine Ryokan Hogen.
6 A la même époque, Ryokan Hogen était le supérieur du temple et Maître des enseignements Tendaï tant exotériques qu’ésotériques. Il était aussi l’oncle maternel de Maître Dōgen. Fort surpris, il lui demanda : « Les réjouissances pour ton entrée dans l’âge adulte devaient avoir lieu, autant ton défunt père que ton père adoptif vont être fâchés et surtout très déçus ! Que penses-tu de cela ? » Maître Dōgen répondit : « Lorsque ma tendre mère trépassa, elle m’a demandé de renoncer au monde et de pratiquer la Voie. J’abonde en son sens, je ne désire pas perdre mon temps au milieu des futilités d’une vie mondaine. C’est pourquoi, je désire profondément renoncer au monde et me consacrer à l’étude de la Voie. Par cette attitude, par ce renoncement, je souhaite exprimer toute ma gratitude envers ma chère mère, ma grand-mère et mes oncles. » Emu aux larmes, Ryokan accepta Maître Dōgen comme aspirant à la Voie et l’envoya étudier au Sendoko à Hannya-dani sur le Mont Hiei.
7 Le neuf avril de la première année de l’ère Kempo (1213), dans sa quatorzième année, Maître Dōgen se prosterna devant l’Abbé Koe, le recteur de l’école Tendaï, et se fit raser le crâne. Le jour suivant, Maître Dōgen reçu les préceptes de Bodhisattva et fut ordonné moine dans l’enceinte de l’Enryaku4. Il étudia ensuite la pratique de shikan – tranquillité et contemplation (Samatha et Vipasyana) – ainsi que les enseignements ésotériques Shingon du sud de l’Inde. A l’âge de dix-huit ans, il avait déjà lu tous les textes du canon bouddhique.
8 Après quelques temps, Maître Dōgen s’enquit auprès de son oncle maternel Koin – Abbé de Miidera, enseignant émérite des pratiques ésotériques et exotériques – quant à savoir quel est l’ultime dessein du bouddhisme. Alors Koin lui expliqua : « Ce que tu demandes à l’instant correspond au stade final dans l’enseignement de la tradition Tendaï, qui a été transmis par les Maîtres tels que Dengyo et Jikaku. Je ne peux résoudre ceci pour toi. J’ai entendu dire qu’il y a longtemps, un Maître indien, Bodhidharma, serait venu en Chine et aurait transmis le Sceau de la Loi. Puis son enseignement, devenu la tradition Zen, s’est répandu partout. Si tu as besoin de trouver une solution à ce doute, tu devrais rendre visite à Eisai, Abbé du monastère de Kennin-ji. Il te donnera des conseils sur cette question essentielle, et si tu n’es toujours pas satisfait, va en Chine chercher la source de la Voie.»
9 A l’automne de ses dix-huit ans, le vingt-cinq août de la cinquième année de l’ère Kenpo (1217), Maître Dōgen rendit donc visite à Maître Myōzen au monastère de Kennin-ji et intégra officiellement la secte Rinzaï. Au temps d’Eisai, les étudiants devaient attendre trois ans avant de pouvoir prendre l’habit [de moine]. Cependant, Maître Dōgen eut la permission de porter la robe rinzaï en septembre de la même année, et en novembre il reçut le kesa 5. Ceci nous montre combien il était vertueux.
10 Myōzen avait reçu la certification de trois traditions différentes : exotérique (Tendaï), ésotérique (Shingon) et Zen (l’esprit de Bouddha), et il était le successeur d’Eisai. Dans les annales du monastère de Kennin-ji, Eisai a écrit : « Seul Myōzen a reçu la transmission du vrai Dharma. Tout étudiant recherchant l’enseignement vrai d’Eisai doit s’en remettre à Myōzen. »
C’est ainsi que Maître Dōgen se rendit auprès de Myōzen et qu’il reçu les préceptes de Bodhisattva, la robe et le bol de moine. Il apprit les 134 pratiques pures, ainsi que les instructions du rituel du feu de l’école Tani. Maître Dōgen étudia également le canon bouddhique, les préceptes et la pratique de la contemplation, shikan. Pour la première fois, il reçut l’enseignement de l’école Rinzai et les enseignements des trois traditions (exotérique, ésotérique, Zen). Maître Dōgen devint alors le seul successeur de Myōzen dans le Dharma.
Sept ans plus tard, au printemps de ses vingt-quatre ans, (le 22 février 1223), il se prosterna devant le stupa érigé à la mémoire du Maître Zen Eisai, le fondateur du monastère de Kennin-ji, et à fin mars, il quitta Hakata – province de Kyushu -, pour se rendre en Chine dans le pays de la dynastie des Song. Au début du mois de juillet, il arriva au temple de Keitoku, sur le Mont Tendo.
11 Pendant son séjour en Chine, Maître Dōgen rencontra plusieurs maîtres, dont le moine En (Ju-yen) du Mont Kin. Celui-ci lui demanda :
- Quant es-tu arrivé dans ce pays ?
- En avril de l’année dernière.
- Tu as eu tout le temps de rencontrer des maîtres, alors pourquoi es-tu venu jusqu’ici ?
- Je n’ai pas rencontré de vrai maître. Je suis venu en ces lieux et je n’espère plus.
Maître En rétorqua :
- Il se pourrait que tu aies rencontré différents maîtres et pourtant tu es quand même ici.
Alors Maître Dōgen répondit :
- Il et vrai que j’ai rencontré plein de maîtres, mais pouvez-vous me dire pourquoi je suis quand même venu jusqu’ici ?
Le moine En lui administra une gifle et lui dit :
- Quel moine bavard tu fais !
- Qu’est-ce-que cela peut faire que je sois bavard ou non ?
- C’est alors que Maître En lui proposa de boire le thé.
Maître Dōgen se rendit également à Shosuigen dans la province de Dai où il rencontra le moine Banzan Shitaku. Maître Dōgen saisit cette occasion pour l’interroger :
- Comment rencontrer Bouddha ?
- Bouddha se trouve dans la galerie des bouddhas.
- Vous dites qu’il est dans la galerie des bouddhas, mais expliquez-moi pourquoi il est dit qu’il se trouve dans les dix directions et partout dans le monde ?
-Le Bouddha qui se trouve dans la galerie des bouddhas illumine le monde entier. Notre entretien se termine-là, conclut Maître Dōgen.
12 Lors de ses pérégrinations en Chine, Maître Dōgen rencontra effectivement un grand nombre de maîtres. Tous les entretiens qu’il eut le rendirent encore plus imbu de lui-même et il commençait à croire que personne ne pouvait le surpasser, non seulement en Chine, mais également au Japon. Il finit par se convaincre de retourner au Japon et c’est à ce moment-là qu’il croise Roshin, qui l’encourage vivement à aller voir Maître Nyojō : « Il est le seul Maître dans la Chine des Song à avoir saisi la Voie. Si tu le rencontres, il se peut fort que tu apprennes quelque chose de lui. » Bien que Maître Dōgen reçu ce brillant conseil, il dut attendre une année pour le suivre.
A ce moment-là, le Maître Zen Musai Ryoha (Wu-chi Liao-p’ai) décéda et fut remplacé au Mont Tendo par Maître Nyojō. Maître Dōgen ressenti ceci comme une rétribution karmique. Il posa alors la question qui lui tenait à cœur à Maître Nyojō. Lors de cette première entrevue, Maître Dōgen laissa tomber son orgueil, il se prosterna devant Maître Nyojō, et devint ainsi son disciple.
Décidé à pratiquer intensivement sous la férule de Maître Nyojō, Maître Dōgen lui adressa une lettre dans laquelle il lui relate les faits suivants : « Quoique encore jeune, j’ai fait de la recherche de l’esprit de Bouddha une de mes préoccupations principales. J’ai étudié auprès de différents maîtres au Japon et d’une certaine manière, je peux dire que j’ai saisi le Dharma du Bouddha. Pourtant, je ne connaissais pas encore le vrai Dharma du Bouddha et éprouvais encore de grands doutes quant à l’enseignement bouddhiste et ses principes. J’ai eu plus tard la chance de rencontrer le Maître Zen Eisai avec qui j’ai appris pour la première fois les principes de l’école Rinzaï. Suivant Myōzen, je suis arrivé dans la Grande Chine des Song et j’ai finalement l’immense chance de vous rencontrer. Je suis très heureux de cette rétribution karmique. Cher Maître, ayez s’il-vous-plaît la compassion de bien vouloir m’accepter auprès de vous et de m’enseigner. L’insignifiant personnage que je suis, venu de l’étranger, a besoin d’être auprès de vous jour et nuit, et si jamais je me comportais de façon inadéquate vis-à-vis de vous, permettez tout de même, avec tout le respect que je vous dois, que je puisse vous poser les questions sur l’essence même de l’enseignement bouddhique. Je fais appel à votre grande compassion et vous demande de prendre en compte ma détermination à suivre l’enseignement du Bouddha, et ainsi de me donner l’opportunité d’être enseigné. »
13 Disciple Maître Dōgen, avec ou sans kesa, tu pourras me poser sans restriction toutes les questions que tu voudras. J’aurai à ton égard l’indulgence d’un père vis-à-vis de son fils, lui répondit Maître Nyojō.
Ensuite, jour et nuit, Maître Dōgen étudia l’essence de l’enseignement bouddhique et en eut la véritable compréhension grâce à l’enseignement clair de Maître Nyojō. Un jour, ce dernier demanda à Maître Dōgen de devenir son assistant (jisha).
Maître Dōgen s’insurgea et lui dit :
- Je viens d’un pays lointain. Si j’acceptais de devenir l’assistant de ce grand monastère en ce grand pays, cela pourrait causer de grands troubles, je ne désire donc que recevoir votre enseignement jour et nuit.
- C’est tout à fait raisonnable et humble de ta part de refuser cette fonction, d’une certaine façon, je partage ton avis, conclut Maître Nyojō. Par conséquent, Maître Dōgen continua simplement à s’entretenir avec Nyojō et à recevoir son enseignement.
Quelque temps plus tard, durant une période de zazen, Maître Nyojō entre dans le Zendo, et voyant que certains dormaient, les admonesta : « La pratique de zazen est "abandonner le corps et l’esprit" (Shinjindatsuraku). Il n’y a nul besoin de brûler de l’encens, de se prosterner, de réciter le nom de Bouddha, de se repentir ou de chanter les Soutras. Il vous suffit de vous asseoir en posture et vous pourrez réaliser l’abandon du corps et de l’esprit. »A l’instant où Maître Dōgen entendit cela, il eut l’Eveil. Ceci est le point principal. Depuis sa première rencontre avec Maître Nyojō, Maître Dōgen n’a eu de cesse de pratiquer la Voie jour et nuit, ne s’étendant même pas pour dormir, ce qui amena Maître Nyojō à lui dire : « Ta pratique est comme celle des Anciens bouddhas. Nul doute que tu vas propager la Voie des Patriarches. Lorsque je t’ai rencontré, c’était comme lorsque Vénérable Shakyamuni trouva Mahakashyapa. Ainsi, en 1225 (la première année Karoku du calendrier japonais et la première année Hokei en Chine), Maître Dōgen devint le 51 ème Patriarche de la lignée.
Maître Tendo Nyojō lui donna les instructions suivantes :
- Rentre dans ton pays au plus vite et fais en sorte que la Voie des Patriarches se propage. Installe-toi dans les montagnes et fais en sorte que ce que tu as atteint puisse s’exprimer sans entrave.
Pendant qu’il était en Chine, Maître Dōgen a également eu le loisir de consulter les documents concernant la transmission des cinq écoles Zen (Rinzaï, Sōtō, Igyo, Unmon, Hogen). D’abord, Maître Dōgen rencontra Eiitsu Seido (Wei-i Hsi-t’ang), ancien moine du monastère de Kofuku-ji (Kuang-fu), qui lui dit :
- Examiner ces documents est un grand privilège. Combien en avez-vous déjà vu ?
- Je n’en ai jamais vu auparavant.
- Alors, je vais vous en montrer de très anciens. Ils ne m’appartiennent pas, on me les a remis parmi d’autres affaires ayant appartenu à un vieux moine.
Ces documents étaient d’un style unique et très ancien. Maître Dōgen ne put les étudier en détail, mais il vit qu’ils étaient estampillés du sceau de la lignée Hogen.
Annotation
14 Cela fait maintenant plus de 700 ans que le Dharma du Bouddha s’est répandu au Japon, mais Maître Dōgen a été le premier Maître Zen qui fit progresser la Vraie Loi du Dharma. Ainsi, 1500 ans après l’accession du Bouddha dans le Nirvana, des statues de Bouddha et des Soutras furent ramenés au Japon – pendant la 13 ème année du règne de l’Empereur Kimmei – depuis Shinra en Corée. L’année suivante, arrivèrent également de Corée deux rouleaux d’icônes. C’est après cela que le miracle du Dharma du Bouddha pu commencer à émerger et se répandre à travers tout le Japon.
Onze ans après l’arrivée de ces premiers Soutras, on raconte que le Prince Shotoku6 est né avec une relique de Bouddha dans les mains. Plus tard, il fit des lectures publiques du Soutra du Lotus (Suddharma-Pundarika) et des Soutras Shoman (Shirimaladevi) et Yuima (Vimalakirti-sutra), et c’est ainsi que les enseignements bouddhiques se répandirent à travers tout le pays.
15 Suite à la demande du Prince Tachibana, le Maître Zen Giku – disciple de l’enseignant national Enkan Seian de la dynastie des Tang en Chine – vint à Nara, capitale du sud du Japon. Il est malheureusement reparti assez rapidement en Chine, ce qui fait qu’il n’a laissé aucun successeur, que son enseignement ne s’est pas transmis et que seul reste de lui une épitaphe sur une pierre à Nara.
Plus tard, le Vénérable Kakua – vrai disciple dans le Dharma du Maître Zen Bukkai (Fo-hai) de Katto – vint également au Japon, mais son enseignement ne fut pas prospère.
Puis Eisai, successeur de Torin Esho, 8 ème Patriarche de l’Ecole Zen Rinzaï Oryu, tenta de répandre l’enseignement en écrivant un traité, le "Kozen-gokoku-ron"7 (promotion du Zen et Protection de la Nation), formulé comme une demande à l’Empereur. Mais il fut ennuyé par le gouvernement des monastères de Nara et de Kyoto. Incapable d’enseigner le Zen originel, il créa une forme combinée de Tendaï, de Shingon et de Zen. Néanmoins, Maître Dōgen ayant parfaitement maîtrisé le vaste enseignement Rinzaï, il devint le successeur d’Eisai. Il a rendu visite à Maître Tendo Nyojō en Chine et a pu appréhender avec lui le grand sujet de la vie et de la mort. Puis il retourna au Japon en 1227, afin d’y répandre le vrai Dharma.
Sincèrement, ceci fut une grande chance et une vraie bénédiction pour le Japon. Comme Bodhidharma, le 28 ème Patriarche qui a été le 1 er à partir en Chine et à y introduire le Dharma, Maître Dōgen est le premier à avoir introduit le Vrai Dharma du Bouddha au Japon. Même si, dans la lignée de la Chine des Song, Maître Dōgen est le 51 ème Patriarche, ici au Japon étant le fondateur de notre Ecole, il en devient alors le 1 er Patriarche.
Même s’il y avait dans la Chine des Song de vrais maîtres et que leur enseignement était très répandu en tout le pays, et si Maître Dōgen n’avait pas eu la chance de rencontrer le vrai Maître qu’a été Tendo Nyojō, comment l’Oeil et le Trésor de la Vraie Loi des Patriarches auraient-ils pu être clairement rendus accessibles ? A ce moment-là, la Chine était déjà dans une période de déclin du Dharma du Bouddha et les maîtres ayant atteints la compréhension se faisaient rares. Par conséquent, quelque chose manquait toujours, même si Musai Ryoha, Hsi-wen Ju-t’an (un Maître Zen remarquable de l’époque) et d’autres encore étaient prêtres de grands monastères. C’est pourquoi, Maître Dōgen s’apprêtait à retourner au Japon, du fait qu’il ne trouvait pas en Chine de vrai maître. Seul Maître Tendo Nyojō – 12 ème descendant de Maître Tozan – pouvait lui donner la transmission des Patriarches. Bien que Maître Tendo Nyojō n’ait pas divulgué le fait qu’il possédait la transmission, il ne le cacha pas à Maître Dōgen et lui transmis l’enseignement des Patriarches, ainsi que ses ultimes conseils. C’est une chose vraiment très rare et exceptionnelle.
16 Aujourd’hui, Maître Dōgen nous donne ainsi la chance d’approcher les descendants de la tradition Zen Sōtō, tout comme cela s’est passé entre le 3 ème Patriarche chinois (Kanchi Sosan) et le 4 ème (Daii Doshin). Bien qu’il y ait quelques différences dans les traces laissées par les Patriarches indiens, chinois ou japonais, leur enseignement est pratiquement identique, car en finalité l’essence même du Dharma transmise comme telle est inaltérable.Lorsque nous comprenons le Dharma du Bouddha, reste-t-il quelque chose de particulier en l’essence de l’esprit ? Avant toute chose, nous devons saisir que notre esprit originel est nature de Bouddha. Lorsque Maître Dōgen comprit totalement la Voie du Bouddha, il saisit que la pratique de la Voie, c’est abandonner le corps et l’esprit et se libérer des illusions. Si nous ne pouvons abandonner le corps et l’esprit, nous ne sommes pas dans la pratique de la Voie. Nous pensons tous que nous sommes faits de peau, de chair, d’os et de moelle, mais lorsque nous comprenons ce qu’est réellement le moi originel, nous réalisons naturellement que rien de tout cela ne nous appartient.
17 De nos jours, les gens pensent qu’il y a deux façons d’interpréter l’esprit. L’un étant l’esprit de discrimination menant au relativisme, et l’autre étant la tranquillité qui ne montre alors aucune discrimination. Cette sérénité est considérée comme l’esprit, mais nous ne remarquons pas que même au sein de cette tranquillité se trouve l’essence de la conscience (perception). Les Anciens l’appelaient l’état de profonde et immobile clarté intérieure. Mais vous, apprentis, ne confondez pas, ne prenez pas ceci pour l’esprit (citta) !
Si nous regardons de plus près, nous constatons qu’il y a trois sortes de discrimination : l’esprit (citta), la cognition (manas) et la conscience (vijnana). La conscience est l’esprit de discrimination de l’amour-haine. La cognition est l’esprit de discrimination entre le chaud et le froid, les douleurs et le bien-être. L’esprit va au-delà du discernement entre le vrai et le faux ou entre les douleurs et le bien-être. Il est comme un mur fait de pierres et de bois. Il est vraiment calme comme s’il n’entendait ni ne voyait. Lorsque nous parlons du point de vue de l’esprit, c’est comme l’homme de bois ou la statue de fer : bien qu’ils aient des yeux ils ne voient pas, et bien qu’ils aient des oreilles ils n’entendent pas. Même si cela ressemble à l’esprit, il connaît le chaud, le froid, la douleur et le bien-être, c’est l’essence de la cognition. C’est de là que surgissent la cognition et la conscience. Nous ne devons donc pas prendre ceci pour l’esprit originel.
18 Pratiquer la Voie, c’est être en dehors des notions d’esprit, de cognition et de conscience. Elles n’ont rien à voir avec l’idée du corps et de l’esprit. Nous devrions réaliser qu’il existe toujours une merveilleuse clarté spirituelle qui est imperturbable pour l’éternité. Si les étudiants du Zen observaient attentivement, ils pourraient sans doute la percevoir. S’ils parviennent à saisir cet esprit, le corps et l’esprit, pas plus que le moi et les autres (le sujet et l’objet) ne sont impliqués. C’est à ce moment-là qu’il est dit que le corps et l’esprit sont abandonnés.
Arrivé à ce stade, si vous cherchez attentivement, même en regardant avec une centaine d’yeux, vous ne trouverez même pas un grain de poussière qui puisse être nommé peau, chair, os ou moelle. L’esprit, la cognition et la conscience ne sont plus non plus distincts. Comment alors pourriez-vous sentir le chaud, le froid, le peine, la joie ? C’est pourquoi l’on dit : « Quoi que vous regardiez, il n’y a rien [tout est absolu ; l’esprit originel n’a ni formes, ni relatifs]. » Lorsque Maître Dōgen a lui-même expérimenté ce stade, il a dit : « Le corps est l’esprit sont abandonnés. » Puis Maître Nyojō a confirmé ceci en lui répondant : « Corps et esprit abandonnés, abandonner le corps et l’esprit. » Et pour finir, il conclut : « Abandonner a été abandonné. »
Une fois que nous avons atteint ce stade, nous sommes comme un gobelet de bambou sans fond ou un bol laqué troué. Peu importe s’il ne retient rien, vous constaterez qu’il n’est jamais vide. Que vous le remplissiez à ras-bord ou non, vous constaterez qu’il n’est jamais rempli. Ce stade est nommé "le gobelet sans fond" [perfectionner la Voie et finalement arriver au stade de la totale liberté]. Si nous pensons que nous avons atteint l’Illumination ou la réussite, nous ne sommes pas sur la Voie, c’est un simple jeu de l’esprit qui nous fait gaspiller notre énergie vitale.
Les moines et les sages devraient pratiquer assidûment, afin de percevoir et de comprendre qu’il y a un corps, et qu’ils ne sont pas attachés au fait qu’il y ait la peau, la chair, les os et la moelle. Essayez d’abandonner ce corps, essayez de le quitter, vous verrez que cela vous sera impossible [parce qu’il est déjà abandonné]. Parlant de ce stade-ci, il est dit que lorsque quelque chose est totalement achevé, il reste encore autre chose qui ne l’est pas [lorsque quelque chose est tombé dans le gobelet sans fond, il y a pourtant toujours quelque chose qui reste]. Si nous comprenons profondément cette étape, jamais plus nous ne douterons des enseignements des Vénérables Prêtres dans le monde et des bouddhas du passé, du présent, du futur.
Note Finale
Quelle est l’essence de ceci ?
Voudriez-vous, je vous prie, écouter ?
Cet état est clair et brillant,
Il n’y a ni intérieur, ni extérieur.
Comment peut-il y avoir un corps ou un esprit à abandonner ?
[L’œil et le trésor de cet état sont l’esprit serein du Nirvana].
Ouvrages
- Keizan Jōkin , The Denkoroku of the Record of the Transmission of the Light (traduction anglaise de Hubert Nearman, Shasta Abbey Press [ 2001].
- Keizan Jōkin , Zen Light: Unconventional Commentaries on the Denkoroku (traduction anglaise de Stefano Barragato Tuttle Publishing [1997].
Notes
Traducteur
Jiho Myoshitsu PIERRE GERARD, nonne Zen, disciple du temple de Daimanjii.
Coordinatrice & Responsable du Prieuré Sōtō Zen de Genève.
Trésorière de la Sōtō Zen Association - [Suisse].
Musicothérapeute.
